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Darfour : Béchir joue l'opposition Nord-Sud


Alwihda Info | Par Abdel Ahmat - 6 Mars 2009


Un million de personnes vont être affectées par l'expulsion des ONG.
Quatre jours après l'émission par la Cour pénale internationale d'un mandat d'arrêt contre le président soudanais, chacun fait le compte de ses soutiens et des premières conséquences.


Un million de personnes vont être affectées par l'expulsion des ONG.
Quatre jours après l'émission par la Cour pénale internationale d'un mandat d'arrêt contre le président soudanais, chacun fait le compte de ses soutiens et des premières conséquences.

Dans certaines capitales occidentales, les diplomates commencent à redouter que le dossier Béchir, un «cas purement judiciaire» souligne l'un d'eux, ne soit utilisé comme symbole de la lutte entre nations riches et pauvres, entre pays de «l'Ouest» et États en voie de développement ou puissances émergentes.

En se posant en victime d'un tribunal «occidental», «néocolonialiste» et «islamophobe», Béchir a joué sur une corde sensible. Il a entraîné dans son sillage, le monde arabe, y compris le voisin égyptien avec lequel ses relations sont pourtant tendues. Il a suscité les protestations de l'Union africaine, le Sénégalais Abdoulaye Wade dénonçant une justice qui ne jugerait que les Africains.

Mouammar Kadhafi, le leader libyen, président en exercice de l'Union est allé jusqu'à demander aux membres qui ont adhéré à la CPI de s'en retirer. Même des États plus modérés, comme le Ghana ou l'Afrique du Sud se sont dits «émus». Tout comme l'Inde.


«Qui pense aux Darfouris ?»

La Chine et la Russie, principaux pourvoyeurs d'armes de Khartoum ont réclamé une suspension des poursuites par le Conseil de sécurité. Cette possibilité offerte par les statuts de la Cour «n'est pas pour l'heure envisagée», explique un diplomate, sans s'étonner de «réactions relativement prévisibles».

Réfugié à Paris, le leader darfouri Abdel Wahid Mohammed Nour, s'est montré, lui, agacé : «Le Soudan fait partie de l'UA et de la Ligue arabe, et c'est un motif de fierté pour le peuple soudanais. Mais ces deux organisations ne sont pas un club de présidents. Leur rôle est de protéger les peuples. Qui pense aux Darfouris ?»

Était aussi prévisible l'expulsion des ONG. Premier défouloir à la colère des autorités de Khartoum, treize organisations ont été bannies du pays. À travers elles, ce sont les populations du Darfour qui sont punies. Dans ce territoire grand comme la France, 2,7 millions de personnes sont dépendantes de l'aide humanitaire. Selon l'ONU, environ un million d'entre elles seraient affectées par la décision de Khartoum. Mais plus inquiétant encore, des zones entières se retrouvent désormais dépourvues de toute aide. La plupart sont sensibles et disputées depuis des années, comme le Djebel Mara. Ces montagnes du Sud Darfour, très isolées, sont un bastion des rebelles, assiégé par l'armée.

«Il n'y a maintenant plus de témoins pour voir ce qui s'y passe», souligne un membre d'une ONG, qui redoute des combats. Ils pourraient aussi s'étendre au Tchad voisin. Depuis des années Khartoum et N'Djamena se livrent à une guerre par rébellions interposées. Des troupes hostiles à Idriss Déby, le président tchadien, fortement armées par le Soudan, ont été vues au Darfour à quelques kilomètres de la frontière tchadienne. Elles n'attendraient plus que de l'essence pour se lancer à l'assaut.


Source:
http://www.lefigaro.fr/

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