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REPORTAGE

Tchad : ces tuteurs qui refusent d'inscrire leurs pupilles à l'école


Alwihda Info | Par Masrambaye Blaise - 30 Novembre 2021


Ces tuteurs sont souvent nantis et majoritairement citadins. Ils font des enfants qu'ils adoptent de véritables bêtes de somme, refusant pire, de les scolariser. Les plus chanceux d'entre ces pupilles bénéficient d'une instruction moins bonne que celle des propres progénitures de ces tuteurs.


T. est âgée d'à peine 11 ans lorsque son père décède dans un hameau à proximité de Moundou. Son seul oncle paternel en vie et son épouse (tous deux instituteurs) décident de l'adopter. Décision acceptée illico par le conseil de famille. La gamine, toute heureuse de goûter à la vie urbaine, est malheureusement bourrelée de remords arrivée au poste du couple enseignant à quelques 200 kilomètres de son bourg.
Frêle sous des haillons, la fillette croupit chaque matin sous le poids de la soupe fumante de poulet dont elle distribue les quartiers aux collègues enseignants de sa tutrice. Le soir, elle porte un grand plateau où est empilé du poisson fumé qu'elle livre à crédit à domicile. Elle est sommée de harceler les débiteurs à échéance. En cas de perte ou de non-recouvrement, l'orpheline est impitoyablement châtiée. Les voisins et autres parents de la malheureuse T. ont fait d'innombrables remontrances et reproches à ses tuteurs. "La directrice de l'école du Centre (ndlr l'école où T. vend la soupe à crédit) a demandé à ma tutrice si elle a une conscience tranquille lorsque je ne suis pas instruite. Un autre collègue de l'oncle lui a dit qu'il est un mauvais enseignant parce qu'il m'a laissée à la maison", raconte la petite T., sanglotant. Les tuteurs sont restés malheureusement insensibles aux critiques de l'entourage. Mieux l'épouse,se "passant pour la patronne de la maison" répond sèchement par moments : "Ne vous mêlez pas des affaires des autres! D'ailleurs T. n'était même pas scolarisée au village".

Comme T., la petite A. a une histoire autrement fâcheuse. En effet, elle a été adoptée par une directrice générale d'un ministère. Pendant que les enfants de "la boss" vont dans une école privée moderne en voiture, A. doit parcourir 3 kilomètres pour regagner la classe, largement en retard après avoir abattu tous les travaux ménagers. Les retards répétitifs et la tristesse quotidienne d'A. ont obligé son institruce à lui demander "si elle vivait chez ses parents ou chez un tuteur", renseigne à demi-mot sa mère. Renvoyée dans son village d'origine par son grand frère révolté du mauvais traitement qu'elle subit, la petite A. deviendra malheureusement mère d'une fille à 16 ans. La môme est snobée parce qu'elle elle est née "hors mariage" et que sa mère est de "religion différente".

RK, quant à lui, fait les frais d'innombrables remariages de son père. Ce dernier est parti pour la capitale après un quatrième mariage. Le gamin RK et 9 autres frères ont élu demeure chez leur grand-père maternel. Lequel accepte d'inscrire un seul enfant à l'école, arguant toutefois qu'il "a déjà accompli sa responsabilité un de grand-père". Devenu bouvier payé en monnaie de singe, le gamin RK se résout à suivre son géniteur à la capitale. Commence alors son désarroi. "Mon papa me chicotte chaque jour. C'est en quittant Farcha pour Gassi à pied que j'ai vu les enfants de la rue danser que j'ai intégré le groupe", explique-t-il le matin froid du 29 novembre au centre Dakouna espoir, désormais son logis en compagnie de nombreux autres enfants. La tentative de réintégrer le petit RK dans sa famille, l'un des objectifs du centre Dakouna espoir a déclenché la furie de son géniteur. "Si je le vois encore ici, je vais enlever son coeur et manger", a tonné le père, explique Ndavogo Aleva Jules, responsable dudit centre de réinsertion.

Ayant arrêté les cours au CM1, RK aujourd'hui âgé de 16 ans, attend désespérément reprendre les classes à l'école "Chigne". Une école où les apprenants étudient à même le sol pour apprendre le Français et devenir artiste. "Je chanterai ce que m'a fait endurer mon père", s'exprime-t-il sur un ton revenchard.



Pour toute information, contactez-nous au : +(235) 99267667 ; 62883277 ; 66267667 (Bureau N'Djamena)





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